La Seconde Guerre mondiale, un enjeu mémoriel et historiographique encore douloureux dans la France d'aujourd'hui

- la Seconde Guerre mondiale, un souvenir lourdement traumatisant à plus d'un titre
- le traumatisme de la défaite : la "débâcle" symbolisée par la honteuse armistice de Rethondes

photo traumatisme 2ème GM - armistice Rethondes

- le traumatisme liée aux souffrances de l'occupation, physiques (des morts, des pénuries alimentaires...) et morales (la peur omniprésente des pillages, des rafles, du STO, de la "politique des otages"...)

tableau traumatisme 2nde GM - pertes humaines

- le traumatisme lié à la politique de collaboration menée par le régime de Vichy

photo traumatisme 2ème GM - entrevue Montoire

- le traumatisme lié à la Shoah et à la participation des autorités françaises (police, RATP, SNCF) au génocide des juifs (rafle du Vel' d'Hiv")

photo traumatisme 2ème GM - rafle du Vel d'Hiv

- un traumatisme si puissant qu'il empêche l'émergence d'une mémoire objective, qu'il rend difficile le travail des historiens
- un traumatisme qui empêche les Français de regarder dans les yeux leur passé

- jusqu'aux années 1970, une "mémoire officielle" tronquée, mythifiée, falsifiée de la Seconde Guerre mondiale
- des années 1970 aux années 1990, une "histoire officielle" battue en brèche permettant le réveil d'autres mémoires de la Seconde Guerre mondiale
- depuis le milieu des années 1990, une France et des Français qui semblent enfin capable de se retourner objectivivement sur leur passé

 

I - De 1945 aux années 1970, la naissance d'une mémoire tronquée de la Seconde Guerre mondiale

- en 1945, une France meurtrie : des victimes et des destructions colossales
- en 1945, une France traumatisée
- en 1945, surtout, une France déchirée, fracturée entre partisans de Vichy et Résistants qui se sont affrontés violemment pendant toute la période d'occupation

- pour les dirigeants de cette France d'après guerre, une priorité : réconcilier les Français pour permettre de reconstruire une France forte
- un besoin d'abord d'effacer les stigmates des "années noires" : épurer
- un besoin ensuite de souder les Français derrière une mémoire mythifiée de la Seconde Guerre mondiale : la naissance du "mythe résistancialiste"

 

A - Refermer la page des "années noires" : de l'épuration à l'amnistie

- une épuration indispensable pour tourner la page d'une période douloureuse
- une épuration que les gouvernants souhaitent brève et limiotée pour ne pas raviver les plaies des déchirures passées

1 - Epurer pour éliminer les stigmates d'une honte nationale

- l'épuration : condamner et punir ceux qui, pendant la guerre, ont fait le choix de soutenir l'Allemagne, les "traitres", les "collabos"
- une épuration qui peut toucher des hommes politiques ayant mis en oeuvre la politique de collaboration ; des entrepreneurs (Renault) ayant mis leur entreprise au service de l'occupant ; des intellectuels (Brasillach) ayant théorisé la collaboration ou ayant reperis tout ou partie de l'idéologie nazie ; des citoyens ayant pratiqué la délation ou, pour les femmes, la "collaboration horizontale"...

- d'abord une épuration sauvage
- une épuration menée dans les heures suivant la Libération, sans cadre légal, par les Résistants
- 10 000 exécutions sommaires, partout en france, souvent en public
- 20 000 femmes tondues pour avoir couché avec l'ennemi

photo épuration sauvage - tonte femmes 1

photo épuration sauvage - tonte femmes 2

photo épuration sauvage - tonte femmes 3

- une épuration vite reprise en main par le GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française) dirigé par le général de Gaulle pour contenir une "épuration sauvage" violente et de grande ampleur
- une épuration "officielle" plus encadrée et plus limitée
- des procès nombreux (125 000 personnes poursuivies, 50 000 condamnations) ; des peines plus rares (1 600 peines exécutées jusqu'à leur terme, 767 exécutions capitales)
- des procès symboliques devant la Haute Cour de justice, le procès des responsables politiques et administratifs de la collaboration : 18 condamnations à mort, 10 par contumace, 5 peines commuées, 3 exécutions seulement (Laval, Darnand et de Brinon)
- un procès au retentissement particulier, le procès du maréchal Pétain : une condamnation à mort commuée en détention à perpétuité et exil sur l'ile d'Yeu

photo épuration légale - procès Pétain 1

photo épuration légale - procès Pétain 2

une épuration légale - procès Pétain

- une épuration légale rapidement contestée : trop sévère pour certains, trop clémente pour d'autres

- un objectif : une épuration qui ne laisse pas les principaux collaborateurs impunis mais qui demeure limitée pour ne pas rendre impossible la réconciliation nationale

- une épuration dont il faut vite tourner la page pour reconstruire

 

2 - Amnistier pour oublier et réconcilier les Français

- une volonté d'amnistier pour réconcilier assumée par le géénral de Gaulle : "Il faut que nous acceptions de nous unir fraternellement pour guérir la France blessée"

- une amnistie mise en oeuvre progressivement et qui s'élargit

- une amnistie d'abord par des grâces accordées aux coupables des crimes les moins graves (marché noir) : Vncent Auriol , "la grâce tue la haine ; la mort fait des martyrs"